Midi sonne dans le Quartier DAC, et la rue Sparks s’éveille au rythme des pas des travailleurs en quête d’un dîner. Les touristes s’éloignent des monuments et des boutiques de la capitale pour trouver de quoi se rassasier avant leur prochain arrêt. La toute première rue piétonne du centre-ville d’Ottawa s’anime comme prévu, aux sons de la guitare d’un musicien local qui commence son spectacle sur la scène « The Shed ».
Le concert fait partie de la série « Songs from the Shed », une des nombreuses séries de spectacles organisées au centre-ville d’Ottawa par la Coalition de l’industrie de la musique d’Ottawa (CIMO). Chaque mardi et jeudi, de midi à 13 h 30, des artistes, chaque fois différents, jouent sur la scène « The Shed » de la rue Sparks.
« Il s’agit d’une initiative de longue date », explique Mélanie Brulé, directrice générale de la CIMO. « En soirée, de 20 h à 22 h, se tient une autre série de concerts de musique électronique, “Live from the Booth”. »
Les deux séries sont issues de « Sons de la ville », un programme de la CIMO qui organise des concerts aux terrasses, aux parcs et aux endroits publics de toute la ville. Un saxophone ici, un duo de musique folk là, on peut même trouver une console de DJ sous les arbres. L’idée est simple : des concerts professionnels par des talents d’ici, qu’on installe près des commerces. De là, la magie opère.
« Nous touillons un délicieux mélange de créativité que nous servons à toute la ville, décrit Mélanie. Toutes sortes de langues, d’origines. De la musique qu’on n’a pas nécessairement l’habitude d’entendre. »
Une ville aux sons uniques
La scène musicale d’Ottawa ne ressemble à aucune autre, et selon Mélanie, on commence à peine à le remarquer : « On sous-estime tout le talent que recèle Ottawa. La ville a certaines particularités — son fonctionnement, ses interactions, son emplacement — qui la rendent vraiment unique. Et ce n’est pas quelque chose que nous avons vraiment mis à profit. »
Entre autres, Ottawa a une relation particulière avec ses artistes. La plupart d’entre eux travaillent à temps plein et jouent la nuit et les fins de semaine, ce qui est bien différent des artistes de Toronto, qui dépendent souvent de leur art pour payer leur loyer.
« Nos artistes le font par passion, ce n’est pas tout à fait la même énergie. »
La musique d’Ottawa se distingue également en raison de l’identité culturelle de la ville. À la jonction de trois rivières, la région est depuis toujours un lieu de rencontre pour les peuples autochtones, et elle compte encore un grand nombre de membres des Premières Nations, d’Inuit et de Métis. Ottawa est aussi un centre culturel qui relie la francophonie de l’Ontario à celle du Québec, de l’autre côté du pont, jusqu’aux francophonies du monde entier. Comme il s’agit en plus de la capitale du pays, des visiteurs de partout fréquentent le Quartier DAC, que ce soit pour le travail, pour une ambassade, pour les affaires, pour la famille, ou une autre raison.
C’est cette diversité que la CIMO met au cœur de sa programmation, comme le démontre l’hymne « Heart of This Place (Adàwe c’est ma ville) », qu’elle a co-réalisé pour le bicentenaire d’Ottawa.
« Amanda Rheaume, notre extraordinaire directrice artistique, nous a aidés à ancrer cette chanson dans un esprit de respect pour les terres et les millénaires qui se sont écoulés avant nous, explique Mélanie. De là, chaque artiste que nous avons invité a injecté sa propre perspective, son histoire, sa culture et ses expériences. De l’union de leurs voix est née une chanson qui représente réellement Ottawa, une ville façonnée par de nombreuses communautés, entrelacées dans une même histoire. »
Après un mot d’ouverture de l’Aînée algonquine Annie St. George, la chanson est jouée par Yaovi Hoyi, Jessica Pearson, Qattuu, Amanda Rheaume et Olivier Fairfield. Elle a été composée par Amanda Rheaume, Yaovi Hoyi, Jessica Pearson et Charlotte Carleton, avec l’aide d’Avery Tarbell.
La Semaine musicale de la capitale, cet octobre
Que ce soit dans la rue, dans un bar, à un café ou sur l’une des scènes de plus en plus nombreuses du Quartier DAC, les concerts animent le centre-ville d’Ottawa et donnent envie de s’y rendre. C’est la raison d’être de la Semaine musicale de la capitale.
Cet octobre, la Semaine connaîtra sa programmation la plus étoffée à ce jour : plus de 40 activités, dans le Quartier DAC et au-delà, sur neuf jours. La cérémonie des Prix de la musique de la capitale aura de nouveau lieu dans la salle Southam du Centre national des arts, un partenariat que Mélanie qualifie de nouveau départ pour la reconnaissance de la scène musicale de la ville, et des artistes d’ici joueront dans les salles du Quartier DAC. En parallèle, le sommet Canada la Nuit réunira des spécialistes d’ici et d’ailleurs pour deux jours de discussions sur la vie nocturne, l’économie créative et le rôle des villes dans le soutien de leurs scènes musicales.
« Notre programmation est le reflet de la ville, selon Mélanie. Des DJ, des spectacles de drag, de la musique deathcore, des artistes du Congo et des communautés autochtones, métisses et francophones… nous célébrons les nombreux groupes qui font la richesse de la scène musicale d’Ottawa. Nous voulons que tous se sentent représentés par la Semaine musicale de la capitale et y participent. »
La Semaine est loin d’être un simple festival de musique. La COMI n’est pas une maison de production qui impose ses choix : elle tisse un lien entre des agences de promotion locales, les responsables de la programmation et des salles de spectacles pour mettre sur pied un programme issu de la communauté, à l’échelle de la ville. L’organisation prend certainement un peu plus de temps, mais Mélanie croit que le jeu en vaut la chandelle.
« Nous voulons entre autres que la Semaine de la musique de la capitale réveille notre envie de découverte, d’étrangeté et de fantaisie. Et je crois que le Quartier DAC est au cœur de tout ça. »
La CIMO et la Ville d’Ottawa en dévoileront les retombées économiques à la conférence Canada la Nuit de cet octobre. Les résultats préliminaires indiquent qu’en 2025, le secteur musical d’Ottawa aurait contribué plus de 200 millions de dollars au PIB d’Ottawa.
Où aller
Les concerts de la série « Songs from the Shed » se tiennent les mardis et jeudis à l’heure du dîner sur la rue Sparks, tandis que ceux de la série « Live from the Booth » se tiennent les samedis soirs de 19 h à 21 h. Les concerts des « Sons de la ville » ont lieu tout l’été, à divers endroits du Quartier DAC.
« Tout endroit où les gens veulent vivre est automatiquement un endroit que d’autres voudront visiter, conclut Mélanie. Présentement, nous consolidons l’image de ce qu’est l’identité d’Ottawa. Je trouve ça captivant. »
Pour découvrir les évènements à venir, suivez les pages de la CIMO et du district DAC sur Instagram et Facebook.